Du 1er mai au 9 mai 2026, j’ai visité le Pays Basque sud (côté espagnol). En regardant la carte mondiale des labyrinthes, je me suis aperçu qu’il en existait dans la région où j’étais, la Biscaye. Les églises dans cette région sont souvent entourées d’un porche spacieux, permettant une vie sociale dessous à l’abri du soleil et de la pluie. Le sol des ces proches est souvent dallé et parfois par des galets disposés de telle sorte qu’ils forment des décors géométriques comme des étoiles, des rosaces, des mandalas, …. et des labyrinthes !
1er lieu : l’église Saint Thomas d’Olabarrieta
Je me suis rendu d’abord à l’église Saint Thomas d’Olabarrieta à Ermitabarri-Ibarra. Sous le porche, on trouve 3 labyrinthes dans le dallage en pavé avec de nombreux autres motifs différents.
Le premier labyrinthe rencontré est à première vue un labyrinthe classique, dessiné avec la méthode ancestrale de la croix, des équerres et des 4 points (voir mon tuto sur cette méthode). Les circonvolutions suivent un tracé anguleux que j’appelle le format carré. Il possède 11 circonvolutions dont la largeur permet de le pratiquer.

Cependant la surprise vient en le pratiquant : il ne s’agit pas du parcours normal d’un classique carré à 11 circonvolutions, avec donc 2 équerres à chaque quadrant comme on peut en trouver en Scandinavie (voir mon article sur les labyrinthes scandinaves). Non, il s’agit d’un labyrinthe à 7 circonvolutions auquel l’auteur à rajouter 4 circonvolutions après la 4ème et avant la 7ème. Pour rappel, l’ordre de parcours dans un 7 est : 3-2-1-4-7-6-5-centre. Ici, le concepteur nous fait déboucher sur un carrefour après le parcours de la 4éme circonvolution. nous avons le choix de prendre le chemin en face ou celui diamétralement opposé ou celui à côté qui nous fait changer de sens. Quelque soit notre choix, le labyrinthe fonctionne car il nous emmène au centre. L’auteur a donc intégré un choix multiple, caractéristique du dédale, dans un labyrinthe qui ne comporte qu’un seul chemin qui mène au centre. Nous avons donc à faire à un labyrinthe hybride ! Voici qui ouvre des perspectives de spéculations, méditations et autres interprétations spirituelles ou intellectuelles !
Le deuxième labyrinthe de cette église est le même design : un 7 auquel on a rajouté 4 circonvolutions médianes pour en faire 11 mais cette fois, les circonvolutions ne marquent pas les angles mais forment des parcours doux et arrondis. J’appelle cette forme « pétaloïde » comme bon nombre d’autres auteurs. La reproduction de ce design hybride laisse penser que l’auteur n’a pas fait d’erreur mais à réellement voulu produire ce parcours.

Le troisième labyrinthe de cette église est déconcertant. Il ressemble à première vue à un modèle Chartrain. Mais en le parcourant, on remarque très vite non seulement que ce n’est pas le parcours proposé par le labyrinthe de Chartres mais encore, le parcours n’explore pas tout le labyrinthe mais uniquement la partie centrale. Les circonvolutions médianes et extérieures ne sont pas parcourues… erreur ou volonté ?
L’auteur de ces 3 labyrinthes s’appelle Martin de Gorostiça, il a signé son œuvre et a réalisé ces œuvres en 1628.
2ème lieu : la basilique Sainte Marie d’Uribarri
La deuxième église visitée est la basilique Saine Marie d’Uribarri à Durango. Le porche est immense et accueille même parfois un marché. On y trouve 2 labyrinthes sous le porche le long de la façade nord de la basilique. Selon Joseba Juaristi et Arantza Gogeascoechea dans leur article dans le Caerdroïa n°38 de novembre 2008, ils ont été construits en 1938 par Franscisco Eguia Torrealday.

Le premier labyrinthe rencontré est rond et ressemble à un modèle chartrain (présentant un parcours du type de celui de la cathédrale de Chartres). En démarrant son parcours, on s’aperçoit que le début ne correspond pas au parcours de Chartres. Alors que Chartres nous fait atteindre très vite les spires proches du centre après une sorte de palier de décompression qui ressemble à la feuille d’une fleur, celui-ci commence par nous faire faire un tour extérieur. Ce sera en fait un quart de tour du labyrinthe car ensuite, le chemin nous emmène complétement ailleurs : le chemin nous fait faire le tour de la moitié de la place sous le porche ! Il y a 3 autres motifs dans le dallage de cette place couverte en plus des 2 labyrinthes : 2 étoiles ressemblantes à un rose des vents et un carré. Le parcours nous emmène donc faire le tour de l’étoile la plus proche puis la moitié du carré central pour ensuite revenir vers le labyrinthe et finir le premier tour entamé. Ce premier tour nous fait marquer les bras de la croix inscrite dans le modèle Chartrain. Ensuite, nous réintroduisons le labyrinthe au niveau du bras de la croix qui nous a fait quitter le labyrinthe. La suite du parcours correspond au parcours dans un labyrinthe chartrain. Celui-ci possède donc un 12eme niveau de plus que le modèle de Chartres. Ce 12ème niveau a la particularité de nous faire faire un voyage qui côtoie une étoile et un carré avant d’effectuer le voyage labyrinthique. Le carré symbolise la Matière et l’étoile peut symboliser l’Esprit, la Lumière (surtout dans la culture basque).

Le 2ème labyrinthe de la place est rond aussi et ressemble également à un labyrinthe de type chartrain. Connaissant le premier labyrinthe de la place, on s’attend à une symétrie et le même principe de tracé où le parcourant est envoyé visiter l’étoile et le carré avant de parcourir le labyrinthe. Ce n’est pourtant pas ce qui se passe. Le 2ème labyrinthe de la place ne nous fait pas parcourir le chemin pourtant existant qui nous fait déambuler autour de la 2eme étoile et de la moitié restante du carré. Nous restons dans le labyrinthe et le parcours proposé n’est pas celui de Chartres. Il fait plutôt penser au principe de celui de Reims qui nous fait visiter 4 « tours » périphériques avant d’atteindre le centre. Ici, le début du parcours nous fait visiter les 4 branches de la croix qui divisent en 4 quadrants le labyrinthe. Le parcours nous mène bien au centre, c’est donc un labyrinthe.
Traduction de l’article dans Caerdroïa n°38
Le but de cet article est de présenter aux chercheurs spécialisés dans les labyrinthes un type de labyrinthe présent dans plusieurs églises de la province de Biscaye, au Pays basque, dans le nord de l’Espagne. Datant du début du XVIIe siècle, ces labyrinthes présentent deux caractéristiques constantes :
1) Il s’agit tous de motifs au sol réalisés avec des cailloux, selon l’ancienne technique connue sous le nom d’opus barbaricum, consistant à enfoncer des cailloux dans un lit de mortier. La forme des figures est d’abord tracée au sol à l’aide de lignes de petits morceaux d’argile rouge (généralement des fragments de tuiles ou de briques plates), puis l’ensemble du pavage est rempli de cailloux qui suivent le tracé des lignes. Cette technique est également
connue sous le nom d’opus vermiculatum (littéralement : cailloux disposés comme des vers). Au XVIIe
siècle, ces motifs de labyrinthes étaient appelés, par leurs constructeurs, Labores de Troya, ce qui équivaut à « œuvres de Troie » ou, disons, « œuvres de cailloux de Troie ».
2) Les labyrinthes sont placés à l’extérieur des murs des églises, généralement sous le toit du portique qui entoure le bâtiment, et le plus souvent devant ou près de la porte principale. La position et la taille des pavages suggèrent que les figures des labyrinthes étaient destinées à être parcourues à pied (en effet, de nos jours, les enfants qui vivent près des églises y jouent souvent à la marelle). Dans certaines églises, outre le dessin du labyrinthe, on trouve d’autres figures ou motifs géométriques, dont certains sont liés à l’iconographie chrétienne, tels que des lys, des nœuds de Salomon, des roues, des rosaces, des spirales, des échiquiers, etc. Cependant, dans les exemples où il y a plusieurs
figures, le labyrinthe se distingue généralement comme la figure principale en raison de sa position devant ou près des portes de l’église.
Les dessins de ces labyrinthes d’église s’inspirent de modèles bien connus : les motifs unicursaux du dessin classique ou crétois à sept circuits, et le type Otfrid à onze circuits.
Plusieurs raisons permettent de considérer que l’étude de ces labyrinthes présente un grand intérêt : tout d’abord, ces labyrinthes s’inscrivent dans un contexte religieux à une époque où le labyrinthe est généralement considéré comme un divertissement profane, à l’époque des labyrinthes de jardin des demeures seigneuriales. L’époque de leur construction est également contemporaine des labyrinthes de gazon anglais, mais dans ce cas, le lien avec un contexte religieux n’est pas clair.
D’autre part, les labyrinthes des églises de Biscaye sont construits selon des techniques de maçonnerie vernaculaire
et leurs motifs semblent plus « primitifs » que ceux des cathédrales gothiques du Moyen Âge. Si l’on tient également compte de l’environnement rural dans lequel ils sont situés, on peut penser que leur existence est liée à des formes populaires et peut-être marginales de pratique religieuse ; par exemple, la survie du labyrinthe (religieux) à l’époque baroque ne se produit pas dans les grandes églises des villes, ni dans les grands couvents et cathédrales, mais dans les petites églises et chapelles les plus modestes des villages et hameaux.
Troisièmement, en raison de la nature inhabituelle de leur emplacement, à l’extérieur de l’église, ces labyrinthes constituent un type qui n’a pas encore été documenté dans les principaux inventaires (tels que ceux de Mathews, Santarcangelli et Kern, etc.). Par conséquent, nous pensons que ces labyrinthes ajoutent un nouvel élément à prendre en compte dans l’étude des chaînes de diffusion historique, géographique et culturelle de ce symbole.
Cette étude est le fruit d’un travail de terrain amateur mené par les auteurs, qui ont visité de nombreux lieux, le fruit d’une collaboration entre un géographe et un historien, et, parallèlement au travail de terrain, nous avons utilisé les ressources des archives civiles et ecclésiastiques. Le résultat de cette recherche a été un inventaire des labyrinthes d’églises recensés sur une superficie d’environ 7 000 kilomètres carrés, où le relevé a été intensif. Nous n’avons pas connaissance d’autres exemples de ce type de labyrinthe dans la région au sens large (c’est-à-dire la péninsule ibérique), mais cet inventaire reste ouvert à de nouvelles découvertes.
La carte (disponible dans l’article) indique l’emplacement des églises dotées de labyrinthes dans la province de Biscaye. L’inventaire recense onze églises et un total de quinze labyrinthes (trois églises possèdent deux labyrinthes ou plus). Le tableau (disponible dans l’article) présente les caractéristiques de chaque labyrinthe. Ces églises sont situées principalement dans des zones rurales, et l’âge des labyrinthes s’étend de 1604 à 1792. La date de six labyrinthes reste inconnue, mais on peut supposer qu’ils appartiennent à la même période. Une exception est Santa María de Uribarri, à
Durango, qui possède deux labyrinthes de style gothique construits en 1938.
La répartition géographique montre une concentration d’églises dans le sud de la province. Le nombre total d’églises sur ce territoire (le diocèse de Bilbao) s’élève à 324 églises paroissiales et 458 chapelles, principalement rurales. Le nombre d’églises dont le porche est doté d’un sol en galets est faible, environ 50 par rapport au total, et il existe, bien sûr, des sols en galets accompagnés d’autres décorations, mais aucun labyrinthe.
D’autres églises d’âge similaire ont des sols en dalles ou en pierres de pavage, en particulier dans les zones « plus aisées » telles que les villes et les agglomérations, mais généralement ces sols en pierre ne présentent aucune décoration.
La répartition spatiale des églises dotées de sols en galets s’explique par un phénomène de survie. Les sols en galets d’autrefois étaient inconfortables pour les pieds chaussés de chaussures modernes, et de nombreuses églises paroissiales ont remplacé les anciens sols à l’intérieur et à l’extérieur du bâtiment. Cependant, par le passé, ces sols en galets étaient très courants dans les villes et les agglomérations, certainement jusqu’au XVIIIe siècle, et en Espagne, le nom empedrado ou encachado désigne ce type de revêtement dans les rues, adapté aux fers à cheval. Les
sols empedrado ont ensuite été remplacés par un pavage de meilleure qualité, réalisé avec des pierres carrées (adoquines).
Un document datant de 1634 nous apprend l’existence d’un labyrinthe pavé à Bilbao, capitale et principale ville de Biscaye. Ce labyrinthe était situé à l’extérieur de l’église de San Antón, en plein centre de la Plaza Mayor, l’espace public principal de la ville. Ce document mentionne un « labor de Troya », qui, dans ce contexte, est la
signature indubitable d’un labyrinthe. Cette preuve montre que la conception de labyrinthes à l’extérieur des églises ne se limitait pas aux zones rurales, et peut-être ces motifs étaient-ils autrefois également courants dans les
villes. On trouve des sols en galets ornés de fleurs et de motifs géométriques dans toute l’Espagne,
dans les régions de La Rioja, d’Aragon et d’Andalousie, mais nous n’avons connaissance d’aucun
motif de labyrinthe en galets, à l’exception de ceux décrits ici. Le seul exemple de pavage en galets formant un labyrinthe similaire en dehors de l’Espagne est celui découvert à Castletownroche, dans le comté de Cork, en Irlande. Ce labyrinthe était autrefois situé sur le sol de la cuisine d’une ferme et datait de la dernière décennie du
XVIIIe siècle. Au moins deux des labyrinthes de Biscaye ont été réalisés vers cette date, mais le contexte est différent : le labyrinthe de Castletownroche est un exemple isolé et il est situé dans un bâtiment civil.
La localisation de tous ces labyrinthes dans la province de Biscaye n’est pas un élément essentiel de leur répartition spatiale. En effet, le territoire de cette province s’est constitué à différentes époques et n’a atteint ses limites actuelles qu’en 1833, lors de la réforme administrative de l’ensemble du territoire espagnol. Certaines communes sont restées indépendantes de ce territoire jusqu’à la fin du XVIIIe siècle (comme Orozko, où se trouvent certaines de ces églises).
En ce qui concerne les régions ecclésiastiques, le territoire a appartenu au diocèse de Calahorra du XIe siècle à 1862. De cette date jusqu’en 1949, il a appartenu au diocèse de Vitoria et, de 1949 à nos jours, au diocèse de Bilbao.
Dans le cadre de cette recherche, les auteurs ont exploré les provinces voisines, à la recherche de labyrinthes de galets similaires : Burgos (en particulier la partie nord de cette province), la Cantabrie, l’Alava et le Guipúzcoa, ainsi que la Rioja. Dans la province d’Alava, et tout près de la zone présentant la plus forte densité de labyrinthes, on trouve un exemple de dessin semblable à un labyrinthe ; il appartient à la chapelle de Santa María del Yermo, dans la
commune de Llodio, située au sommet d’une montagne. Mais il ne s’agit pas d’un labyrinthe. C’est un
dessin circulaire à sept circuits dont le centre ressemble simplement au centre d’un labyrinthe.
Dans la zone d’étude, il n’y a pas d’exemples de labyrinthes datant du Moyen Âge, et aussi peu de vestiges archéologiques romains. Les exemples les plus proches de l’époque de l’Empire romain sont un labyrinthe en mosaïque incomplet à Pampelune, et le labyrinthe de Salinas de Rosio, à Burgos. Datant peut-être du Moyen Âge, le labyrinthe classique gravé sur une pierre a été découvert dans les ruines d’une église, San Pantaleón de Arcera, dans le
sud de la Cantabrie. Cependant, nous doutons que l’un de ces exemples ait un
lien avec les cas étudiés ici.
Il existe quelques exemples de lieux nommés Troya dans cette région. Comme dans de nombreux pays européens,
ce nom est souvent supposé lié aux Romains et à leurs anciennes colonies. En Biscaye, il existe un lieu appelé Troyagane (en basque, la colline de Troya), une colline située près de la colonie romaine de Forua. Dans la province voisine de Gipuzkoa, le nom Troya est attribué à une ancienne mine, à Mutiloa. Néanmoins, l’ expression « labores de Troya » est clairement associée à la forme d’un labyrinthe, employée dans le même esprit que les anciens Romains utilisaient Troya pour leurs sols en mosaïque.
La conception des labyrinthes
Le tableau montre que le modèle classique (ou crétois) est la conception dominante dans ce groupe de labyrinthes. Comme tous les labyrinthes ne sont pas en bon état de conservation, nous avons ajouté un point d’interrogation à côté de certains exemples. Nous avons la preuve que ces exemples sont bien des labyrinthes, en tenant compte de certains indices distinctifs : l’un est le nombre de circuits (sept circuits ou huit murs, dans le cas du modèle classique), un autre est l’existence de coins et de virages où la direction de progression change. Mais, comme nous le verrons
ci-dessous, les constructeurs pouvaient également modifier certains des modèles classiques pour introduire des variations telles que des bifurcations (également appelées biviums), afin de produire des motifs à plusieurs circuits pouvant symboliser un choix « mystique », par exemple entre le bien et le mal.
Dans deux autres églises, un autre modèle apparaît. Il s’agit du modèle à onze circuits ou douze murs connu sous le nom d’Otfrid, dans lequel les constructeurs ont apporté une seule modification. Il existe un autre dessin que nous avons appelé « pseudo-labyrinthe », car il consiste en un petit labyrinthe entouré d’une structure en forme de dédale sans entrée. Enfin, les labyrinthes construits en 1938 dans l’église Santa María de Durango,
occupant un vaste espace dans le porche, se composent de deux labyrinthes médiévaux de type Chartres
interconnectés.
Le type classique
Seuls deux labyrinthes de ce type sont en bon état de conservation. Ils se trouvent dans l’église de San Pedro de Mendexa et celle de San Nicolás de Zaldu. Tous deux sont de forme circulaire, mais le motif générateur de croix et de « L » est angulaire. Ils sont placés devant la porte de l’entrée principale de leurs églises respectives.
Nous connaissons la date de construction du labyrinthe de Zaldu, l’année 1792 car elle est inscrite à l’aide de morceaux de tuiles dans un coin, aujourd’hui recouvert d’herbe. L’âge du labyrinthe au sol de Mendexa est inconnu, mais l’église a été construite en 1545 sur le site d’une chapelle d’ermite, en tant que paroisse distincte de l’église de Santa María de Lekeitio. Les deux labyrinthes sont inscrits dans un cadre carré et ont une taille qui permet de les parcourir à pied. Le dessin de Mendexa mesure près de trois mètres de diamètre et celui de Zaldu quatre mètres.
Même si les deux sont des reproductions du modèle bien connu avec une séquence plane 0-3-2-1-4-7-6-5-centre, il existe au moins deux différences intéressantes entre les deux dessins. L’une est iconique et l’autre topologique. Le labyrinthe de Mendexa a la forme d’un arbre, dont le tronc est aligné dans la direction de l’entrée. Cette image rappelle peut-être l’Arbre de Vie, et le tronc indique clairement l’entrée du labyrinthe. En revanche, le labyrinthe de Zaldu présente une caractéristique topologique qui rend sa conception, en quelque sorte, « baroque ». L’entrée du labyrinthe n’est pas toujours claire dans ces exemples, car une ligne coupe perpendiculairement la base de la croix du schéma génératif, offrant ainsi à la personne qui souhaite emprunter le chemin un choix entre commencer par la gauche ou par la droite, produisant l’effet d’un bivium (carrefour à deux voies). Cette pratique, qui consiste à introduire de légères variations dans les modèles classiques de labyrinthes, a été relevée par Kerenyi, qui fait référence aux labyrinthes en pierre du nord de l’Europe (Scandinavie et Finlande). Quelle que soit l’interprétation des biviums, ce type de conception peut évoquer des choix moraux duaux (bien ou mal, ciel ou enfer) et/ou marquer le point de départ de pratiques ludiques compétitives, utilisant le labyrinthe au sol comme terrain de jeu ou simplement comme jeu de devinettes.
L’étude des labyrinthes classiques présents dans les églises de Biscaye permet de tirer quelques conclusions provisoires.
D’une part, ce modèle peut être à la fois le plus ancien et le plus récent.
- Le plus ancien, car c’est le plus « populaire » des modèles de labyrinthes et le plus facile à dessiner, à partir du schéma génératif d’une croix, de quatre « L » et de quatre points. Même en l’absence de preuves archéologiques, on pense que ce modèle pourrait être le plus ancien, car il apparaît dans d’autres églises, endommagé et en très mauvais état : les églises de Santa María de Zaloa (dont l’existence est attestée dès 1375) et de San Miguel de Mugarraga (considérée comme l’une des plus anciennes églises de la vallée d’Orozko). On le retrouve également, bien que détérioré, à Santa Águeda de Bikarregi, et il a été remplacé plus récemment par un modèle à huit cercles concentriques à Santa María de Bakio.
Ce modèle est aussi celui qui est le plus clairement associé à la porte principale des églises. Dans les deux cas mentionnés, et dans tous les autres, la figure du labyrinthe sert de paillasson devant l’entrée principale. Le motif de Zaloa montre deux labyrinthes : le plus grand, près de la porte principale, est endommagé, mais on peut identifier sept circuits et les virages associés. Le plus petit a été réparé et remplacé par un modèle à huit circuits concentriques. Les deux labyrinthes ont la forme d’une section de chapelle (carrée à la base et circulaire au sommet). - Les plus récents des labyrinthes de type classique sont ceux de San Nicolás de Zaldu (daté de 1792) et de Santa María de Arrankudiaga (daté de 1782, avec des carreaux incrustés dans le sol de galets). Dans ce dernier cas, le labyrinthe est très petit, placé sur le côté gauche de la porte, et, dans le contexte de l’iconographie associée, il n’est qu’un symbole parmi d’autres, mêlé à des motifs géométriques et chrétiens (la croix, l’échelle, les clés de saint Pierre). Ce labyrinthe est une version erronée du modèle classique.
Le type Otfrid
Le labyrinthe de type Otfrid apparaît dans deux églises, toutes deux dotées de sols en galets bien conservés. Les deux pavages sont bien datés, et des documents nous informent sur les circonstances de leur construction. Ici, le labyrinthe est une figure parmi d’autres symboles.
Comme on le sait, le modèle Otfrid peut être construit à partir de la forme classique en ajoutant quatre virages supplémentaires sur le périmètre extérieur. La séquence supplémentaire 0-3-2-1-4 produit un labyrinthe à 11 circuits, avec une séquence complète de 0-3-2-1-4-7-6-5-8-11-10-9-12.
Dans les labyrinthes de ces deux églises, les constructeurs ont apporté une modification supplémentaire pour transformer le modèle unicursal (à un seul chemin) en un modèle multicursal (à plusieurs chemins). Cette modification a été réalisée en effaçant simplement un court segment sur l’axe principal du labyrinthe.
Cette version modifiée du labyrinthe Otfrid se répète dans trois églises : une à San Pedro de Murueta et deux à Santo Tomás de Olabarrieta. On peut donc supposer qu’il ne s’agit pas d’une erreur de conception, mais d’une intention délibérée de créer un bivium. L’interprétation de cette modification a été esquissée plus haut, et nous pensons qu’elle relève du style mystique baroque.
L’église de San Pedro de Murueta
Il n’y a qu’un seul labyrinthe, placé près d’une porte secondaire (bien que ce soit en réalité la porte la plus fréquemment utilisée).
Outre le labyrinthe, on peut identifier d’autres figures : un échiquier, une fleur de lys, une rose à dix secteurs, une meule de moulin, deux petits nœuds de Salomon et une croix tréflée réalisée avec des nœuds de Salomon, centrée devant la porte principale. D’autres figures géométriques circulaires remplissent l’espace près de l’entrée principale.
On sait que ce pavement a été réalisé par un artisan local, Juan de Pagazaurtundua, en 1604.
L’église de Santo Tomás de Olabarrieta
Située dans la municipalité de Zeberio, à moins de 20 km de San Pedro de Murueta, cette église est entourée d’un porche couvert d’une superficie d’environ 600 mètres carrés, dont le sol en galets comporte de nombreux motifs, dont trois labyrinthes : deux de type Otfrid modifié et un troisième que l’on peut décrire comme un « pseudo-labyrinthe » .
Comme pour les labyrinthes Otfrid modifiés, le pseudo-labyrinthe pourrait être une conception délibérée, cherchant à illustrer la sécurité du chemin vers le centre, au milieu de la confusion du dédale qui l’entoure, peut-être un symbole de la sécurité de la foi. Malheureusement, il n’existe aucun moyen certain d’interpréter les intentions des constructeurs du sol.
Cependant, nous savons quand le sol a été construit (en 1628) et qui en était le concepteur : le maçon Martín de Gorostiça. Sa signature est gravée sur le sol, juste à côté du labyrinthe situé dans le coin nord-est. Grâce à d’autres sources documentaires, nous connaissons également certaines circonstances liées à la construction de ce pavement.
Ces documents peuvent être résumés comme suit : après une inspection de l’église par des responsables ecclésiastiques, ceux-ci ont ordonné la construction d’un pavement autour de celle-ci. En 1628, les administrateurs des biens de l’église ont mis aux enchères la construction du pavement, sous certaines conditions précises. Ces conditions stipulaient que le pavement devait être nivelé sur toute la longueur et la largeur du porche, qu’il devait comporter de nombreux motifs décoratifs (labores), et que le sol résultant devait être durable. Après achèvement, l’ouvrage devait être examiné par des maîtres de l’art, et si le travail n’était pas acceptable, le maçon serait responsable de le reconstruire à ses propres frais.
Comme l’église possédait de nombreuses forêts et qu’une somme importante devait être investie dans le pavement, plusieurs maîtres maçons ont soumissionné, et les noms de quatre d’entre eux sont conservés. Le maître qui a finalement réalisé le sol était Martín de Gorostiça, mais l’information la plus intéressante provient d’un autre soumissionnaire, Juan de Escalante, qui précise les motifs décoratifs qu’il comptait réaliser s’il avait obtenu le marché. Il écrit : « devant les portes principales, une labor de Troya » (une expression qui lie clairement le symbole du labyrinthe aux portes de l’église). Il mentionne également les noms de huit autres symboles, comme une double rosace (claraboya), une roue de sainte Catherine, une fleur de lys, un échiquier, une représentation du monde, une chapelle et un château. Il promet d’ajouter des rosettes pour remplir les espaces vides et un double Silisamon [sic], que l’on peut comprendre comme une croix tréflée réalisée avec des nœuds de Salomon. On retrouve des équivalents de certains de ces motifs dans le pavement actuel.
Ce pavement est mis en valeur pour les touristes, avec un panneau sur la route voisine dans la vallée, mais aucun des autres pavements des églises respectives n’est présenté comme un site d’intérêt historique ou patrimonial.
Les labyrinthes gothiques de Durango
Dans la ville de Durango, il existe un pavement dans le porche de l’église Santa María, qui comporte deux labyrinthes de style gothique, réalisés avec des galets de différentes couleurs. Ceux-ci diffèrent des exemples précédents et sont d’origine relativement récente, datant de 1938. Ils ont été conçus par Francisco de Eguía, alors responsable des travaux publics de la ville. Le travail d’Eguía s’inscrivait dans le cadre de la reconstruction du porche, après sa destruction lors du bombardement de la ville par l’aviation allemande pendant la guerre civile espagnole. Avant cet événement, le sol était pavé de dalles plates, et au moment de la reconstruction, la taille de pierre était peut-être trop coûteuse pour cet usage. Le sol a donc été réparé avec du ciment, mais on y a intégré une décoration réalisée avec des galets de différentes couleurs. Ces galets provenaient de San Vicente de la Sonsierra, une ville située au milieu de la vallée de l’Èbre, où l’on trouve d’abondants dépôts alluvionnaires permettant de sélectionner des pierres de différentes tailles et couleurs.
On ne sait pas grand-chose du concepteur ni des raisons pour lesquelles il a décidé de placer des labyrinthes dans le porche. Le dessin complet se compose de deux parcours unicursaux indépendants, placés symétriquement. Chacun entoure la moitié du porche, passant autour d’un carré central et du cadre d’une étoile à huit pointes, avant d’entrer dans le labyrinthe correspondant. L’un des labyrinthes est clairement une copie du modèle médiéval de Chartres, tandis que l’autre est une variante originale et sophistiquée créée par le concepteur. Tous deux comportent douze circuits, car pour que les labyrinthes s’intègrent au dessin global, un circuit supplémentaire a été ajouté autour du périmètre extérieur. Le pavement a été construit par des maçons, qui étaient à l’époque des prisonniers de guerre, et l’on peut observer certaines erreurs dans le pavement actuel par rapport au plan original.
Bien qu’il soit impossible de connaître les intentions d’Eguía, ces labyrinthes s’inscrivent dans la tradition des autres labyrinthes d’église qu’il connaissait sûrement ; ils témoignent également de son habileté à résoudre des énigmes topologiques.
Quelques pistes pour l’interprétation des labyrinthes des églises de Bizkaia
Il n’existe jamais d’explication complète pour les labyrinthes. Dans ce cas précis, ils partagent de nombreuses caractéristiques avec d’autres labyrinthes trouvés dans des contextes religieux, comme l’ont souligné de nombreux chercheurs, mais ils présentent aussi des différences spécifiques qu’il convient de mettre en avant pour parvenir à des conclusions plus solides.
En tant que labyrinthes d’église, ils diffèrent assez des labyrinthes médiévaux plus connus, placés à l’intérieur des cathédrales (comme ceux de Chartres, Amiens, etc.).
La position des labyrinthes par rapport à l’église
L’une des différences importantes réside dans la position de ces labyrinthes par rapport à l’église, et surtout par rapport aux portes. Les labyrinthes sont placés à l’extérieur, et dans le cas des églises qui présentent un labyrinthe de type classique, devant la porte principale, ce qui suggère que cette figure annonce le caractère sacré de l’espace intérieur. Considéré avec le seuil, le labyrinthe agit comme une clé, une autorisation d’entrer après avoir accompli une épreuve : suivre les virages jusqu’au centre. Il symbolise une question, comme dans de nombreux récits mythologiques. Un labyrinthe devant une porte reprend l’un des thèmes de la religiosité et de la mythologie ancienne : le monstre qui propose un dilemme au héros. Pour poursuivre son chemin, le héros doit montrer qu’il connaît le labyrinthe, qu’il en possède la clé.
Les portes elles-mêmes ont un grand potentiel symbolique, et de nombreuses portes d’églises et de cathédrales chrétiennes (surtout de style roman ou gothique) sont richement ornées de symboles décoratifs, certains à vocation protective, d’autres dissuasive. Les symboles dissuasifs peuvent prendre la forme d’animaux ou de monstres, mais aussi de panneaux avec des nœuds et des rubans entrelacés, sculptés sur des chapiteaux pour tromper les esprits malfaisants.
La fonction des labyrinthes : marcher avant d’atteindre le but
Une autre fonction de ces labyrinthes est liée à l’idée de tourner autour de quelque chose avant d’atteindre l’objectif. Dans de nombreux cas, un nombre précis de tours est prescrit, comme dans le cas paradigmatique de Josué à Jéricho (sept circuits). Par exemple, le Romancero espagnol (recueil de ballades datant du Moyen Âge et au-delà) répète dans de nombreux poèmes la formule « de sept à huit ».
Dans les vers du Segundo Romance de Gaiferos, selon un texte imprimé à Barcelone à la fin du XVIe siècle, ce rite est exprimé comme suit :
« Marchant pendant trois jours, à Paris ils sont arrivés, ils trouvent les portes fermées, ne savent où entrer. Sept tours ils font autour, cherchant une entrée en ville, et quand ils font le huitième tour, un volet cède et ils entrent en ville. »
En lien avec ces « tours », il est possible que les labyrinthes d’église décrits ici aient été utilisés pour effectuer un parcours rituel à travers leurs circuits, de manière spontanée et sans formalisation liturgique, avant d’entrer dans l’église ou pour demander une faveur spéciale. Concernant les chapelles rurales de Bizkaia, un auteur a recueilli des preuves de la coutume de tourner autour de l’église et d’autres objets sacrés. Ces témoignages ne mentionnent pas spécifiquement les labyrinthes ou d’autres dispositifs préétablis pour de telles circumambulations, mais il existe suffisamment de cas pour montrer que la pratique du tour rituel autour des églises et des chapelles était répandue dans le passé, et qu’elle perdure encore aujourd’hui. Les nombres de tours varient : cet auteur ne cite qu’un cas de sept tours, à la chapelle de Santa Apolonia à Urkiola (Bizkaia), pour soulager les maux de dents.
La période de construction : le baroque et ses symboles
Une autre caractéristique qui distingue les labyrinthes de Bizkaia des autres labyrinthes d’église est la période à laquelle ils ont été construits. Cela nous amène à nous interroger (ou peut-être simplement à spéculer) sur l’expression religieuse baroque, telle qu’elle se manifeste à travers le message que les labyrinthes avec bifurcations ou biviums peuvent transmettre.
Après le concile de Trente (1545), l’art baroque montre une obsession tenace pour la représentation de la Mort. Cette fixation est évidente dans l’iconographie funéraire, utilisée comme un avertissement aux vivants, en contraste avec l’aspect plus paisible des tombes de la Renaissance.
Cette religiosité baroque insiste sur la certitude de la mort (en latin, securitas), ainsi que sur l’incertitude du passage du voyageur à travers la vie, comme l’a souligné Bouza Álvarez. En miroir de cette idée, les labyrinthes de pavement contenant quelques bifurcations représentent cette incertitude dans leur topologie. Les labyrinthes de type Otfrid modifié comportent une bifurcation, et le pseudo-labyrinthe représente à la fois la securitas baroque de la Mort (le chemin de l’entrée au centre est unicursal) et l’incertitude de la vie (le labyrinthe est entouré d’un dédale sans entrée ni but).
Contrairement à d’autres labyrinthes d’églises européennes, il n’existe aucun témoignage de cérémonies pascales à Bizkaia utilisant le labyrinthe comme symbole de régénération. Après le concile de Trente, la liturgie catholique était relativement homogène en Europe.
L’usage et la signification des porches d’église à Bizkaia
Il convient désormais de considérer l’usage et la signification des porches d’église à Bizkaia, car cela suggère que les labyrinthes qui y sont placés ont pu avoir diverses fonctions.
Dans le nord de l’Espagne, il y a beaucoup de jours de pluie dans l’année, et le porche de l’église est normalement un espace ouvert et couvert, utilisé pour de multiples usages : à la fois enceinte religieuse et espace de sociabilité. Souvent utilisé comme lieu de rencontre pour les habitants du quartier, dans ces zones rurales, la principale institution civile est appelée anteiglesia (« devant l’église »). Les réunions régulières des paysans voisins et des autorités locales s’y tenaient souvent sous le toit des porches, et dans de nombreux endroits, une table en pierre existe encore pour consigner les décisions et les accords pris lors de ces réunions.
De plus, le porche sert aussi de lieu de rencontres informelles, de terrain de jeu pour les enfants, et parfois même de marché.
Mais l’espace sous le toit du porche est avant tout un espace sacré, et dans certaines églises, il a été utilisé comme cimetière. Un autre nom par lequel il est connu est cimiterio, un terme qui rappelle cette ancienne fonction. Cependant, dans le passé, la fonction de cimetière n’était pas la principale et n’était utilisée que si nécessaire. Le lieu d’inhumation principal jusqu’au XIXe siècle était à l’intérieur de l’église, mais uniquement dans les églises ayant le statut de paroisses. Chaque famille possédait une tombe sous le sol de l’église, mais dans certaines circonstances (arrivée de nouvelles familles dans le village ou si les places existantes étaient toutes occupées), de nouvelles tombes pouvaient être creusées dans le porche. Une expression courante pour une sépulture chrétienne dans cette région est « être enterré sous la tuile de l’église », et les tuiles du toit du porche sont aussi considérées comme des tuiles de l’église.
Ainsi, le porche est un lieu qui unit les vivants et les morts, les familles avec leurs ancêtres, et le labyrinthe, avec ses références au monde souterrain, est aussi un symbole qui relie ces deux mondes, comme dans les mythes classiques.
Les autres figures des sols en galets
Enfin, il faut aussi prendre en compte les autres figures qui apparaissent sur les sols en galets aux côtés des labyrinthes. L’une d’elles, le nœud de Salomon, est également représentée depuis la préhistoire, largement utilisée dans les mosaïques romaines et assimilée à l’iconographie chrétienne sous la forme d’une croix. D’autres sont des divertissements géométriques montrant l’habileté et le talent de leurs constructeurs, comme le labyrinthe, mais aussi les représentations de rosaces, de spirales, de croix tréflées, etc. D’autres encore, comme les échiquiers, pouvaient servir à jouer sur le sol avec des galets ou des pions en argile.
On peut donc penser que certains des pavements décrits ici (au moins ceux qui comportent de nombreux motifs) ont été utilisés à la fois à des fins didactiques et catéchétiques, mais aussi comme terrains de jeu. Ces labyrinthes de pavement sont contemporains de la description par Shakespeare des labyrinthes de gazon et du jeu du moulin (nine men’s morris), placés côte à côte, dans ses vers souvent cités de l’Acte II, scène 1 du Songe d’une nuit d’été :
« Le jeu du moulin est rempli de boue,
Et les jolis labyrinthes dans le vert wanton,
Faute de pas, sont indistincts. »
Conclusion
Les labyrinthes d’église de Bizkaia sont la preuve de la continuité de l’usage de ce symbole à l’époque de la Renaissance et du Baroque. La chronologie de ces labyrinthes couvre une période de près de trois siècles.
Ils constituent un « nouveau » type de labyrinthe d’église historique, que l’on peut définir comme des labyrinthes de sol à l’extérieur des églises. Ils doivent être étudiés en tenant compte de leurs caractéristiques historiques et régionales.
Les modèles de labyrinthes incluent des versions à sept et onze circuits. Dans certains cas, les concepteurs ont introduit des modifications pour produire des biviums ou des bifurcations du chemin. Ces modèles peuvent être comparés à d’autres trouvés dans le Nouveau Monde, parfois attribués à l’époque précolombienne. En effet, l’un des modèles Hopi, appelé Tápu’at (mère et enfant), est une modification du type classique à sept circuits. Comme de nombreux prêtres et moines qui sont allés évangéliser les autochtones de l’Arizona (via le Mexique) venaient de ces régions du nord de l’Espagne, de nouvelles voies de diffusion du symbole pourraient être envisagées. Cela pourrait renforcer la thèse de W.H. Mathews, selon laquelle ces dessins auraient été introduits dans le Nouveau Monde par les Espagnols.
Il est possible de poursuivre cette recherche selon deux axes :
- La recherche archéologique, en cherchant d’autres exemples dans une zone plus large, notamment dans les régions rurales et marginales.
- La recherche de sources écrites, comme les documents ecclésiastiques et religieux de la période considérée.
Malheureusement, les sols en galets sont généralement considérés comme ayant une valeur artistique limitée par les spécialistes de l’art et les autorités du patrimoine. Il est donc important d’établir des plans détaillés et des inventaires bien documentés de ces constructions remarquables avant qu’elles ne soient endommagées par des actes de « destruction créative ». Ces dégâts peuvent survenir de diverses manières, par des personnes ignorant leur valeur : un pavement pourrait être recouvert de ciment sans précaution, ou les pierres recyclées. Mais un archéologue ambitieux et infatigable pourrait aussi les détruire accidentellement, sous prétexte de chercher les « trésors » enterrés en dessous.
