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JEAN 4, 43-54 : L’ambiguïté des miracles pour Jésus

Spéculation spirituelle et personnelle sur l’évangile de Jean

Le texte biblique

L’évangile de Jean se distingue des 3 autres évangiles par sa composition, son ordre, son style et ses sources. Il est considéré comme symbolique. Je présente mon travail spéculatif sur cet évangile particulier.

Dans ce passage, nous sommes face à un récit de miracle, avec même une espèce de preuve de sa véracité quand l’officier du Roi procède au recoupement entre le moment où il a obtenu le miracle de Jésus et le moment où son enfant a été guéri. Mais plus qu’une plaidoirie sur la véracité des miracles, je crois que nous sommes plutôt devant un passage qui montre l’ambiguïté des miracles pour Jésus. 

Ce parti pris d’interprétation est soutenu par la référence au premier acte public de Jésus dans l’Evangile de Jean : la transformation de l’eau en vin aux noces de Cana. (cf mon article à ce sujet ) où de mon point de vue, Jésus cède à la nécessité en faisant un miracle alors qu’Il n’avait pas imaginer “entrer en scène” comme cela.

Jésus a un rapport ambivalent avec les miracles. Il sait que ce n’est pas là l’essentiel de son message ou de sa mission mais c’est par eux qu’il peut intéresser, susciter l’attention, provoquer l’écoute de la Parole pour espérer éveiller la foi en Celle-ci. Bien sûr, Il sait aussi que le Miracle soulage la condition humaine de sa dureté. Mais Il s’en lamente, comme un avertissement à ne pas se satisfaire de trop de facilité ou de trop de pragmatisme dirait on aujourd’hui : “Si vous ne voyez pas des miracles et des prodiges, vous ne croyez point !”. Comme si la force de la Parole ne suffisait pas pour le commun des mortels à emporter l’adhésion des consciences mais qu’à cette force il fallait préférer l’éblouissement du Miracle… Jésus a l’air désolé de cette médiocrité d’esprit, les humains préférant les miracles utiles, à la spiritualisation de leur matière.

Le Miracle est un piège pour Jésus. A la fois c’est la preuve de la véracité de son essence et de sa mission et à la fois il emprisonne Jésus dans une approche matérielle de la part de son auditoire. A la fois le Miracle ouvre les yeux et les oreilles mais à la fois il ne permet pas à la Parole de pénétrer dans les consciences créant un obstacle matériel : l’attente du Miracle procède d’une approche matérielle et non spirituelle.

Comme aux noces de Cana, Jésus se destinait à autre chose, Il semblait vouloir s’attaquer à l’adage “Nul n’est prophète en son pays”, mais il est “rattrapé” par les contingences humaines qui veulent ici et maintenant s’affranchir de la souffrance inhérente à la condition humaine. Jésus ne peut résister. Qui, sinon un monstre, résisterait à guérir un enfant mourant s’il en avait la puissance et le pouvoir ? Surtout pas Lui, pas Jésus. Jésus est aspiré par la foule à faire plutôt des miracles que des prêches. Des politiques, on demande du pain et des jeux, aux religieux, on en attend du merveilleux… Malgré cela Jésus ne désespère pas des humains et continue à prêcher à la moindre occasion qui lui est laissée, même si sur mille, un seul voudra bien accéder à la Connaissance… Dans le système spirituel, on ne mesure l’efficacité à la quantité mais à la qualité, contrairement au système matériel.

Cette interprétation fait penser à l’allégorie de la Caverne de Platon : celui qui a vu la Lumière et revient pour “libérer” ses compagnons, celui-ci se fait tuer par ses compagnons qui préfèrent s’émerveiller du spectacle des ombres sur la paroi plutôt que de briser leurs chaines, comprendre le monde et aller vers l’inconnu des sphères supérieures…

<- JEAN 4, 28-42 : L’entretien avec La Samaritaine (suite et fin)

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