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Analyse symbolique du labyrinthe à 3 circonvolutions

Un témoin des sagesses antiques

Le labyrinthe a été retrouvé à des époques reculées (jusqu’à – 2500 av JC), dans des civilisations diverses (étrusques, grecques, scandinaves, égyptienne) et éloignées (asie, amériques, … ). Ce symbole provient certainement des spéculations consécutives de générations d’humains, qui prennent probablement leur source dans les tracés de cercles concentriques et dédaliques préhistoriques, dans le modèle de la grotte, le modèle de l’intérieur physique de l’humain ou des animaux (organes), le modèle de la matrice génitrice de la vie… Le labyrinthe a donc à voir avec la vie et la mort, le visible et l’invisible, les dieux et les humains, la vie intérieure et la vie extérieure, une représentation du cosmos… Il était certainement un support pour le récit cosmologique que se sont élaborés les humains pour combler leurs questions existentielles. L’archéologie moderne reconnaît aux premiers labyrinthes une fonction cultuelle, la labyrinthe était alors souvent lié au culte d’une déesse.

Avec la civilisation grecque, le labyrinthe est toujours un outil spirituel et il est le support d’un des grands mythes encore célèbre, celui de Thésée et du Minotaure qui inspire encore aujourd’hui les Sciences Humaines modernes. Plus prés de nous, la chrétienté a vu dans ce symbole de quoi alimenter la foi et stimuler l’ardeur du croyant à se mettre en Chemin avec Jésus-Christ. Le labyrinthe chrétien était alors un substitut du pèlerinage à Jérusalem : au centre, le tombeau vide du Christ et le baptême de feu. Grâce à ce syncrétisme chrétien, le labyrinthe a inspiré les Compagnons, les Alchimistes et plus prés de nous, les Franc-Maçons qui ont adapté et intégré le labyrinthe dans leur corpus symbolique, symbole du Voyage, du Grand Œuvre ou de l’Initiation. L’idée générale et commune est qu’on sort différent d’un labyrinthe, le travail méditatif, spirituel ou intellectuel durant le voyage transforme le cheminant. Le labyrinthe pourrait alors être considéré comme un condensateur d’expérience spirituelle.

Si ce tracé a traversé les âges, les civilisations, les obstacles géographiques ; s’il a inspiré et qu’il inspire encore tant de cherchants c’est qu’il possède un intérêt majeur dans le Chemin spirituel de l’Humain. Je vous propose alors une analyse de ce symbole pour le comprendre mieux.

J’avais fait un petit article précédemment sur ce que les encyclopédies nous disent des labyrinthes.

Au début était une croix.

L’analyse graphique des labyrinthes ancestraux et antiques montre que les concepteurs partaient d’une croix.

La technique a pu être retrouvée ou transmise, je n’ai pas d’information à ce sujet mais la voici pour le labyrinthe à 3 circonvolutions :

On démarre de la croix et des 4 points, sommets du carré dont la croix forme les médiatrices :

Cette croix rappelle la croix de Jérusalem :

Ce qui peut laisser émettre l’hypothèse que la technique s’est transmise à partir de ce schéma de départ. Cette croix de Jérusalem pour tracer le Chemin de Jérusalem (autre nom du labyrinthe)

Ensuite chaque extrémité est reliée à celle immédiatement disponible :

Entrons dans le labyrinthe et voyons !

Avec ce labyrinthe à 3 circonvolutions, nous avons le labyrinthe le plus simple. La parcours est progressif, la progression est linéaire : 1-2-3-CENTRE-3-2-1. C’est la progression la moins déroutante des labyrinthes, idéale pour débuter.

Le parcours est composé d’un aller, d’une station au centre et d’un retour. Nous voyons donc tout de suite le caractère ternaire de la pratique du labyrinthe : 3 mouvements : aller, station, retour. Le parcours aller, 1ere circonvolution s’effectue (dans notre exemple) dextrogyre -qui tourne à droite-. On parcourt la limite extérieure, comme pour prendre la mesure.
La 2eme circonvolution-aller se parcourt dans le sens inverse (ici lévogyre)  et un peu plus près du centre, comme si on remontait la 1ere circonvolution, on revivait à rebours l’expérience de la 1ere circonvolution mais d’un point de vue plus centré, plus intérieur, la notion d’introspection est ici signifiée. Dès la 2eme circonvolution, grâce au méandre, nous sommes amenés à regarder, à prendre conscience, ce que nous venons juste de vivre. Cette effet n’est pas aussi manifeste dans une simple spirale. Dès ce labyrinthe de base, nous comprenons l’importance symbolique du méandre.
3ème circonvolution-aller, on se retrouve dans le même sens que la 1ere circonvolution, on s’approche du centre. Il est moins question d’introspection, d’analyser l’expérience du parcours de la 2ème circonvolution-aller. Là, le labyrinthe nous ramène dans le même sens que la 1ère circonvolution, l’idée est donc de poursuivre, de reprendre son chemin mais enrichi, sur un autre plan, de manière plus centré. Là encore, le labyrinthe nous initie à la pensée ternaire : 1ere circonvolution dans un sens : thèse, 2eme circonvolution dans le sens opposé : anti-thèse, 3eme circonvolution retour au chemin sur un autre plan : synthèse.

On arrive au centre. Le centre est matériellement vide. Ce qu’il y a à trouver n’est donc pas matériellement dans le labyrinthe mais en soi. C’est une impasse, l’aboutissement du mouvement aller. Mais aussi la préparation et le point de départ du mouvement retour. Il y a donc dans ce centre à la fois l’idée de quête et de source, de fin et de début, d’alpha et d’oméga. On comprend ici pourquoi le labyrinthe résonne avec la spiritualité chrétienne, le Christ se présentant comme la fin et le début de toute chose, l’alpha et l’oméga.

Du centre on repart, 3ème circonvolution. 2ème circonvolution dans le sens inverse. 1ère circonvolution et sortie.

On voit alors que le parcours est un aller-et-retour, de l’extérieur vers le centre puis du centre vers l’extérieur. La succession des circonvolutions sont autant étapes, d’échelons, de niveaux, de stades, d’épreuves à franchir pour passer de l’extérieur au centre et du centre à l’extérieur. Le centre a donc une importance primordiale dans le labyrinthe. Le symbole s’organise autour de lui et il semble être protégé par les circonvolutions.
Le parcours est donc dual : un aller et un retour. Une partie dirigée vers l’intérieur, le centre, l’autre partie dirigée vers l’extérieur, le monde. On pourrait donc imaginer une valeur x pour l’aller et une valeur -x pour le retour. Actif / passif, masculin/féminin, chaud/froid, sec/humide, thèse/antithèse, soleil/lune, Jakin/Boaz, obscurité/lumière, etc… Cependant, au lieu d’être dans la logique thèse/antithèse/synthèse, dans le labyrinthe la dualité suit une autre logique : alors qu’on pourrait croire que le centre fait la synthèse, c’est en fait la sortie. On parcourt une valeur, “passif” par exemple, au centre on trouve quelque chose, et on repart vers l’extérieur avec l’autre valeur par exemple “actif”. C’est à dire que dans le labyrinthe, un des pôles de la dualité sert à atteindre quelque chose (le centre) et l’autre pôle de la dualité sert à le ramener à l’extérieur et l’arrivée forme le troisième point, la synthèse.
Entre le centre et l’extérieur, la frontière n’est pas nette, il est nécessaire de passer par des nuances, des paliers de décompression ou d’adaptation ou d’acclimatation… L’idée est ici forte qu’entre le monde du centre et le monde de l’extérieur, il ne peut y avoir de passage linéaire et direct, il est nécessaire de passer par le sas des circonvolutions. Les deux mondes doivent donc être radicalement différents, polaires. La dualité est là encore présente. Un pôle extérieur, un pôle centré et le labyrinthe avec ses circonvolutions qui arrive à unir le tout, à faire passer de l’un à l’autre et de l’autre à l’un comme le tao avec le Yin et le Yang. De ce point de vue, on peut considérer que le labyrinthe aurait pu servir à une représentation du cosmos dans son ensemble avec le monde des Dieux et le monde des Humains ou de signifier cette énigme que nous expérimentons tous et qui a questionné l’humanité tout au long de son histoire : la dualité entre le monde intérieur d’un individu et le monde extérieur de la nature et de la société. Le labyrinthe est le Tao occidental de ce point de vue.

Décortiquons la forme

L’union de 2 spirales

A regarder de plus prés, on peut retrouver la forme de ce labyrinthe par l’enchevêtrement de 2 spirales inverses, l’une dextrogyre et l’autre lévogyre.

L’une forme à la fois la ceinture, la délimitation avec l’extérieur et l’enceinte du centre. Cette spirale semble s’occuper des fonctions “squelettiques” du labyrinthe, ses fonctions fondamentales : poser la première séparation qui créé et délimite un espace et créer le centre, ce qu’il y a de plus précieux dans le labyrinthe, elle donne l’essence.

L’autre spirale pourrait paraître secondaire mais elle ne l’est pas. Grâce à elle, le labyrinthe est ce qu’il est ! Sans elle, il ne serait que spirale. Cette autre spirale forme les circonvolutions, elle protège le centre, elle donne l’existence.

Là encore nous nous retrouvons avec une dualité complémentaire dont la synthèse forme le labyrinthe. Le labyrinthe unit ces deux spirales de sens contraire aux fonctions bien différentes et complémentaires.

L’union de 2 serpentins

Pour améliorer l’harmonie visuelle de ce labyrinthe, nous pouvons le dessiner à partir de cercles concentriques.

Nous voyons alors que ce labyrinthe peut être aussi dessiné par l’enchevêtrement de 2 serpentins.

Un sera toujours à la droite du cheminant et l’autre toujours à sa gauche. Un des serpentins fait la frontière extérieure mais ne forme pas l’enceinte du centre, la salle du trésor.

L’autre est contenu dans le premier et forme cette salle au trésor. Les fonctions essentielles de la frontière et du trésor sont ici partagées, tout comme les fonctions existentielles de formation des circonvolutions. Il y a dans cette conception une nouvelle distribution entre les 2 pôles binaires représentés par chaque serpentin.

Le point de jonction

En cherchant à dessiner ce labyrinthe à partie des cercles concentriques, nous remarquons l’importance du point de jonction. Dans la technique de la croix, il est contenu dans la croix puisqu’il est le point d’intersection, il ne peut pas nous manquer, nous ne pouvons pas faire l’erreur de l’oublier alors son importance nous passe à côté. Avec la technique des cercles concentriques, nous voyons bien que si nous ne faisons pas toucher les deux serpentins au niveau des 2 méandres, il n’y a plus de labyrinthe puisque le centre est directement accessible par l’extérieur.

Dans la technique des deux spirales, ce point est le point d’intersection des 2 spirales. Ce point est donc le point commun entre les 2 pôles binaires. Malgré leur différence, leur complémentarité, ils ont un point commun et ce point commun est d’une importance capitale pour l’existence du labyrinthe. Ce tout petit point de rien ouvre un champ magnifique de spéculation spirituelle et méditative ! Il fait là encore penser par effet miroir au Tao où il y a un point Yang dans le Yin et un point Yin dans le Yang.

De merveilleuses méditations en perspective…

Je ne sais pas si vous aviez imaginé tout cela avec cette forme simple de labyrinthe… Elle est parfois dédaignée par les amateurs de labyrinthe qui préfèrent souvent la belle et complexe forme du labyrinthe de Chartres à 11 circonvolutions mais je trouve ça dommage. Il ne faut pas dédaigner les portes qui nous ouvre aux premières lumières.

J’espère que vous l’avez compris, ce labyrinthe à 3 circonvolutions est peut être simple mais il renferme l’essentiel de la pensée labyrinthique, il nous initie à la dynamique particulière des labyrinthes faite de pensée ternaire, de progression, de notion de centre, de vide, de point commun, de complémentarité, … Maîtriser ces notions est déjà un beau programme de travail !

Personnellement je ne me lasse pas de combiner des symboles alchimiques, spirituels, chrétiens ou maçonniques avec le labyrinthe. Méditer ces symboles avec le labyrinthe ouvre davantage l’imagination, la spéculation spirituelle, d’autres liens se font, d’autres connexions… La réflexion s’en voit enrichie, stimulée…

C’est pour cette raison que je considère ce labyrinthe comme le premier niveau d’initiation au labyrinthe, un niveau “apprenti”. Et comme c’est le premier qui va conditionner tous les autres, il ne faut ni le dédaigner, ni le dévaloriser. Même quand on pratique le labyrinthe de Chartres, il faut revenir au labyrinthe à 3 circonvolutions, comme le musicien qui fait ses gammes, le scientifique qui révise ses fondamentaux…

Il me reste à vous souhaiter de beaux voyages au pays des labyrinthes !

D’autres articles suivront sur les labyrinthes suivants à 5 circonvolutions, à 7 et à 11. A chaque jour suffit sa peine.
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Et pour explorer les possibilités méditatives du labyrinthe à 3 circonvolutions, je vous conseille les méditations guidées que j’ai spécialement préparées !

méditation labyrinthique

 

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